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Dossier complet jardin et sangliers

 

Pourquoi les sangliers envahissent-ils nos jardins ?

Cela fait trente ans que les populations de sanglier augmentent en France. Mais depuis quelques années, la croissance est fulgurante, et la présence de l'animal se fait de plus en plus pressante. Ils se rapprochent des villes et des villages, pénètrent dans les jardins, et font des ravages dans les cultures. A quoi cela est-il dû ? Quelles sont les perspectives ? Osons une petite tentative d'analyse de la situation.

 

Un sanglier, c'est quoi ?

Le sanglier (Sus scrofa) fait partie de la famille des suidés, au même titre que le cochon, le pécari, le phacochère ou le potamochère (qui a dit « Et Demis Roussos » ?). Comme ses cousins susnommés, son museau se termine par le groin caractéristique de l’espèce. Son corps est massif, trapu, doté d’une impressionnante musculature. Il est recouvert de longs poils noirs grisonnants et raides appelés soies, posés sur une peau doublée par une épaisse couche de graisse qui ne lui font craindre, à l’âge adulte, ni le froid, ni l’humidité ni les plus piquantes broussailles. Il est juché sur des pattes courtes et minces, son tronc est court et massif, et son arrière train, tombant, est comparativement sous-développé par rapport au reste du corps. En France, le poids moyen d’un sanglier mâle est de 75 à 100 kg pour 150 cm de longueur et 80 cm de hauteur au garrot. Mais dans les zones où la nourriture est abondante, un vieux mâle peut dépasser les 150 kg. Les femelles, plus petites, pèsent en moyenne de 60 à 80 kg. Enfin, dans les régions méditerranéennes où le biotope est moins riche, les gabarits sont plus ramassés (50 à 60 kg en moyenne pour les mâles). Cela dit, avis aux amateurs de statistiques, un sanglier de 213 kg a été abattu en Loire Atlantique en 2019. Mais question record du monde, ce sont les espèces Sus scrofa Attila et Lybicus, très proches, que l’on trouve en Europe de l’Est, dans le Caucase et en Anatolie, qui détiennent le trophée, avec des individus monstrueux de plus de 350 kg. Vie active oblige, le sanglier est évidemment bien moins gros et gras que son proche parent, le cochon domestique, et beaucoup plus vif, de corps, mais aussi d’esprit.

 

Le sanglier, bien souvent en bonne compagnie

Même si les mâles adultes sont solitaires, le sanglier est un animal essentiellement grégaire qui vit en harde (ou compagnie) de dix à vingt individus (parfois plus) rassemblés autour d’une laie dominante, appelée laie meneuse et de plusieurs laies suiveuses. Elles sont accompagnées de leur dernière portée de marcassins (2 à 10 selon le poids de la mère) ainsi que de la précédente. La taille des hardes varie selon les saisons. Les mâles adultes ne les rejoignent que pendant la période de rut vers le milieu de l’automne, pour des accouplements qui ont lieu en décembre ou janvier. Leur arrivée provoque des combats singuliers, et entraine le départ définitif des jeunes mâles et celui des adultes dominés. C’est donc un seul et même mâle dominant qui féconde généralement les femelles d’une même compagnie (quelle santé…). Les jeunes mâles (bêtes noires), âgés de 12 à 18 mois, forment alors des hardes protéiformes et instables, sans organisation sociale, qui gravitent de loin en loin autour des compagnies. Les jeunes femelles peuvent rester avec leur mère ou bien établir une nouvelle compagnie sur de nouveaux territoires proches. A partir de quatre ou cinq ans, les mâles fuient la présence de leurs congénères et deviennent solitaires, parfois, mais rarement, suivi d’un plus jeune. Les dégâts occasionnés dans les jardins par les hardes de laies ou de jeunes mâles s’étalent souvent sur des grandes surfaces. Ceux provoqués par les mâles adultes sont plus restreints en surface mais souvent plus profonds.

Vie et moeurs du sanglier

Le sanglier est une espèce sédentaire à l’activité essentiellement nocturne. La nuit, et plus rarement le jour, il parcourt son territoire qui peut s’étendre, selon l’abondance de nourriture et la diversité des biotopes, des 300 à plus de 3000 hectares. Dans les zones périurbaines, ou aux alentours des cultures, où les ressources alimentaires sont nombreuses, la surface de ce territoire vital est logiquement réduite. Le sanglier n’est pas un animal territorial qui marque son emprise sur celui-ci. Au contraire, les zones exploitées par les compagnies voisines se chevauchent sans provoquer de heurts, en dehors des périodes de rut. Selon la configuration du terrain, les sangliers peuvent se rendre directement sur un lieu de nourrissage, ou bien glaner çà et là des nutriments au gré des déplacements. Les compagnies peuvent donc se partager un ou plusieurs territoires. Lorsqu’un jardin est assimilé à une zone nourricière, il constitue souvent une étape fréquente voire quotidienne selon les saisons et peut être adopté par plusieurs hardes. Quel honneur.

Le jour, les sangliers se réfugient dans leur bauge, un nid légèrement creusé dans le sol, et grossièrement tapissé de branchages, au plus profond des broussailles impénétrables, où ils peuvent dormir du sommeil du Juste. Néanmoins, les femelles suitées de leurs marcassins ont un rythme plus fractionné, alternant périodes d’activité et de repos aussi bien le jour que la nuit. Si l’on est amené parfois à voir des sangliers se déplaçant en plein jour c’est sans doute qu’ils ont été dérangés par des promeneurs, des cueilleurs de champignons, des chiens non tenus en laisse ou des chasseurs. Avec l’augmentation des populations, ce phénomène s’accroit. Un sanglier, à moins qu’il ne croise prématurément la route d’un chasseur ou d’une voiture, vit dix à quatorze ans à l’état sauvage. En captivité ils peuvent vivre jusqu’à une vingtaine d’années. Dans les zones à forte pression de chasse, la plupart ne dépassent pas quatre à cinq ans. Les principales causes de mortalité chez les jeunes, sont les conditions climatiques extrêmes et la prédation par les loups, lynx et ours, là où ceux-ci existent. Pour l’adulte l’homme reste l’ennemi intime (chasse, circulation automobile), loin devant les maladies.

 

Un sanglier ça mange quoi ?

Le sanglier est un omnivore patenté, qui s’adapte rapidement à la disponibilité saisonnière de sa nourriture. En gros, il mange ce qu’il trouve, sans rechigner, (en somme, c’est l’enfant parfait). Il s’adapte aussi géographiquement puisque les sangliers du sud de l’Espagne ne mangent sans doute pas la même chose que ceux du nord de l’Estonie. On a coutume de classer les denrées dont il nourrit en quatre grandes catégories :

 

- les rhizomes, racines, tubercules et bulbes

 

- les noix, noisettes, fruits sauvages et fruits à coques (châtaignes, glands, faines du hêtre…), baies, et graines (samares du frêne…)

 

- les feuilles, écorces, brindilles et pousses

 

- les insectes, vers de terre, oiseaux (oisillons et œufs), mammifères (rongeurs ou nouveau-nés), amphibiens, reptiles, gastéropodes, myriapodes, mollusques et les charognes. Saisissons au bond l’évocation de ce dernier mot plein de charme et de poésie, pour mettre en exergue le rôle essentiel d’équarrisseur que joue le sanglier dans son environnement. Grâce à son odorat développé, il repère rapidement les cadavres petits et gros, et permet ainsi, avec le reste de la faune nécrophage, d’éviter la prolifération des germes, et notamment la contamination des eaux superficielles par des pathogènes ou des toxines. Merci à toi, sanglier.

 

On pourrait rajouter à cette liste culinaire, un cinquième élément, comme dirait Luc Besson. Cet élément n’est pas propre à son habitat naturel, mais plutôt dû à l’activité humaine : les détritus de nos poubelles, et bien-sûr, les cultures agricoles. Une étude espagnole a ainsi constaté que les sangliers vivant dans les zones périurbaines, tout engraissés qu’ils sont par nos déchets organiques, peuvent être jusqu’à 35% plus gros que les sangliers locaux vivant dans les bois. En moyenne, un sanglier adulte de 50 kg a besoin d’environ 4500 calories par jour, et d’avantage encore durant l’hiver ou la gestation. En cas de restriction des ressources alimentaires il peut manger l’écorce des arbres, des champignons ou bien entendu, visiter nos champs et nos jardins.

 

Le sanglier en France, où en est-on ?

En 2018, on estimait en France la population globale de sangliers entre deux et trois millions d’individus, voire quatre selon certaines sources. C’est un chiffre qui n’est qu’une vague estimation difficilement vérifiable. En tout cas il est certain que ce nombre n’a pas cessé d’augmenter depuis trente ans. Par contre, on peut étudier les données officielles transmises par l’Office Nationale de la Chasse, relevant le nombre de sangliers tués en action de chasse. Elles donnent le nombre hallucinant de 756 149 sangliers tués par les chasseurs en 2017. On ne peut donc objectivement pas leur reprocher de rester inactifs. L’augmentation de sangliers abattus par rapport à 2016 est de 9%, elle est multipliée par 1,4 en dix ans (522 174 en 2007) et par 2,3 en vingt ans (322 567 en 1997) !!

En cela il n’y a pas de spécificité française, puisque toute l’Europe est touchée par ce phénomène démographique galopant, avec un triplement (!!) de population (près de 80 millions d’individus estimés en 2017 en Europe) en quinze ans. Les données, indirectes, sont établies à l’aune des tableaux de chasses nationaux. Ainsi en Allemagne, Autriche, Belgique, Suisse, Italie, Hongrie, Portugal, les chiffres de 2014, similaires à la situation en France, indiquent des tendances à l’accroissement de près de 500% des animaux abattus par les chasseurs depuis 1980. + 400% en Espagne, au Luxembourg et en Slovénie. Il y a par exemple aujourd’hui environ 150 000 sangliers en Suède alors qu’ils y étaient inexistants il y a moins de vingt ans. En Norvège où le sanglier avait disparu depuis des centaines d’années, un premier spécimen a été abattu à 40 km d’Oslo en 2013. Il est à l’heure actuelle en train de recoloniser le pays, comme en Finlande, en Estonie ou au Danemark. De même en Angleterre ou les sangliers avaient disparu, l’espèce réapparait suite à des animaux s’étant échappés d’élevage. (Source « Wild boar report » - Dr Jurgen. Tack)

 

Les raisons de l'explosion des populations de sanglier

L’augmentation rapide des populations de sanglier en France est due à plusieurs facteurs. Elle n’est pas à chercher dans l’absence (ou la quasi absence) de prédateurs naturels (loup, ours, lynx) puisque celle-ci est constante depuis des décennies. Elle est même en augmentation dans certains départements avec le retour des loups. De plus, la pression exercée par les chasseurs est très importante (à peu près un tiers de la population de sangliers est abattue chaque année, près de 50% l’était il y a dix ans !).

 

Il est difficile d'imaginer aujourd'hui que dans les années 70, le sanglier était un gibier rare que peu de chasseurs pouvaient croiser. Les agriculteurs disposaient à l'époque d’un « droit d’affût », valable de jour comme nuit lorsque les cultures étaient directement menacées par l’animal. Cette notion de légitime défense contre le sanglier au bénéfice des agriculteurs leur donnait le droit d’ouvrir le feu sur les animaux en maraude autour de leurs champs. Ce droit était justifié par les grandes difficultés qu’ils rencontraient à l'époque pour bénéficier des indemnisations et permettait de réguler plus ou moins les populations. Il a été supprimé en 1969, avec l’assouplissement des modalités de versement des indemnités par les fédérations de chasse. Dans le même temps, de l’aveu même de l’Office Nationale de la Chasse, à partir de 1970, il y a eu un développement abusif de l’élevage de sangliers organisé par les chasseurs, en vue de lâchers et de commercialisations à des fins de repeuplement. Ceci a créé un juteux marché qui est à l’origine de l’accroissement des populations sauvages (notamment des croisements dégénérés de sanglicochons et de cochongliers) dont la faculté de reproduction a été assurément sous-estimée. Ces pratiques ont été interdites depuis bien longtemps, mais c’est sans doute ce qui a contribué à allumer la mèche de la prolifération.

 

Les raisons de l'explosion démographique de ces quinze dernières années sont à aller chercher du côté des mathématiques (en 40 ans, l'accroissement finit par devenir exponentiel) mais aussi des conditions météorologiques, et malheureusement, sans doute, du réchauffement climatique. En effet, les hivers doux, qui deviennent plus fréquents, réduisent la mortalité chez les marcassins. Jusqu’à l’âge de deux ans, plus de 90% d’une génération peut être décimée lors d’un hiver très rigoureux. D’un autre côté, les hivers et les printemps cléments augmentent la productivité des arbres à coques (chênes, frênes…), des plantes sauvages en général et la production des récoltes. Or, la faculté de reproduction du sanglier est directement liée à l’abondance de nourriture : les portées sont plus nombreuses, et les jeunes femelles atteignent leur maturité sexuelle dès leur première année lors de saisons favorables (elles sont alors responsables de prêt de 30% des naissances). Il arrive même que les années à très forte glandée, certaines femelles puissent mettre bas deux fois dans l’année. (Il n’y a aucun jeu de mot dans cette phrase). La première gestation ayant lieu de janvier à avril (elle dure, c’est facile à retenir, 3 mois, 3 semaines et 3 jours) puis la seconde, d’avril à juillet. Avec moins de mortalité et plus de naissances, lors des années à printemps et hiver doux, les populations de sanglier s’accroissent donc inexorablement. En cas de douceur généralisée sur plusieurs années de suite, l’augmentation est exponentielle. C’est sans doute ce qui est en train de se passer sous nos yeux tristement ébahis.

Une des réponses à cet accroissement passera malheureusement sans doute par un plan de chasse national, avec un ciblage particulier de certaines classes d’âge dans les prélèvements. En effet plus de 60 % de la descendance provient des laies âgées de moins de 2 ans (Source « Wild boar report » - Dr. Jurgen Tack). Ceci va à l’inverse des pratiques habituelles qui consistent plutôt à rechercher les trophées en tirant les bêtes les plus grosses et les plus âgées.

 

Les conséquences de l'explosion

D’un côté, les populations de sanglier explosent, alors que d’un autre, la surface de leurs territoires, grignotés par l’urbanisation des zones urbaines périphériques, se réduit. Point n’est besoin d’avoir fait dix ans d’études mathématiques pour comprendre que la densité de sanglier au km2 augmente logiquement. Faute d’espace, ils se rapprochent des villes, pour renverser les poubelles et fouiller les détritus. Ils investissent les jardins, retournent les pelouses, saccagent les potagers. Ils envahissent et détruisent les cultures, provoquent des milliers d’accidents de la route, mais aussi ferroviaires. La SNCF recensait 200 collisions avec des sangliers en 2017, engendrant 2500 heures de retard cumulées !

 

Cette explosion démographique entraine bien entendu celle des dégâts agricoles et de leur indemnisation. Il semble que l’on soit en train d’atteindre le seuil de tolérance des agriculteurs, totalement excédés face à leur impuissance, et que dans le même temps, le système d’indemnisation, basé sur le remboursement par les fédérations de chasse touche à sa limite, faute de moyens. On serait proche des 50 millions d’euro de coûts d’indemnisation en 2018 dont 30 M€ rien que pour les exploitants agricoles. Les cultures impactées sont essentiellement les céréales (maïs, blé..), mais aussi le colza, la moutarde, les pommes de terre, haricots, pois, asperges et betteraves et dans une moindre mesure, toutes les terres cultivées. Les dégâts dans les jardins, qui ne rentrent pas en compte dans des données, sont bien évidemment eux aussi en très forte augmentation. Mais ils ne peuvent être indemnisés, ni par l’Etat, ni par votre compagnie d’assurance, à moins d’avoir opté pour une clause spécifique et bien particulière. Enfin, la fréquentation de plus en plus assidue des zones rurales, notamment aux environs des élevages porcins, fait craindre des transmissions possibles de maladies du sanglier au cochon domestique. Notamment la redoutable peste porcine africaine qui a rôdé un temps, le long de notre frontière avec la Belgique. Sa prolifération augmente également le risque de propagation de maladies possiblement transmissibles à l’homme comme la maladie de Lyme (multiplication des tiques) ou la Trichinose.

 

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